Station#27

2021 (1989)

Barcelone 1989 (2021), 24’30


« 1989 fut une année mobile, faite de déplacements électriques en Europe
(E. Rope, comme disait Marc Seberg…). Ainsi, après Bruxelles, Amsterdam, Copenhague, Berlin où je vécus en août les signes avant-coureurs de la Chute du mur, et Londres en fin d’année : Barcelone en novembre. Lecteur attentif de La Marge d’André Pieyre de Mandiargues (1967) qui, après Journal du voleur de Jean Genet (1949) et Le Palace de Claude Simon (1962), se déroule à Barcelone, et encore fasciné par Profession : Reporter de Michelangelo Antonioni (1975), qui s’y déroule en partie aussi, admirateur des nuits barcelonaises de Pascal Comelade (musique), de La Fura dels Baus (musique, performance, chorégraphie) et de Ceesepe (peintre et graphiste de Barcelona by night, 1982), je séjourne avec des ami.e.s à Barcelone pour y rencontrer, entre autres, le collectif expérimental « Otras Musicas »… Est-ce ainsi que j’ai eu le désir d’enregistrer, avec un magnétophone de poche et des cassettes magnétiques audio, les bruits de la ville catalane le soir et la nuit – dont il semblait que, pour les barcelonais, ce fut la plus belle heure – et dans une espèce de “ fied recording ” qui n’en avait pourtant pas le projet ? Plus de trente ans après, retour sur cette archive urbaine d’un autre temps, pressentie alors, comme une photographie, une carte postale, un polaroïd sonore des années 80 et précédé d’un montage d’époque : à la fin, ce dernier collage entre puzzle et rébus musical reviendra. » A. C.

À propos des artistes et des compositeurs cette fois :
« Le field recording, ou enregistrement de terrain, est une pratique apparue logiquement à la fin du XIXe siècle avec l’invention de systèmes d’enregistrement, de plus en plus portables. Peu à peu, le studio perd de sa fatalité et l’homme peut partir par les chemins pour capter quantité de musiques et de sons. Les premiers à se lancer sont les ethnomusicologues et les audio-naturalistes. Les uns sont en quête des musiques de divers peuples de la terre, vivant souvent loin des grandes villes et de leurs facilités logistiques. Les autres souhaitent quant à eux conserver la trace des sons de la nature.
Le chant de l’oiseau-lyre d’Australie, les vents de Patagonie, les flûtes sacrées Aré’ aré des Îles Salomon, les vibrations des bâtiments de nos villes ou les louanges exaltées des pêcheurs de perles de Bahreïn ne sont que quelques exemples des innombrables sons et musiques abordés dans cet ouvrage consacré à la pratique du field recording, de l’enregistrement de terrain. Tout au long du XIXe siècle, des hommes ont parcouru le monde afin de capter des curiosités sonores pour des raisons scientifiques, patrimoniales et esthétiques. Ce sont des audio-naturalistes, des collecteurs de musique traditionnelle, mais aussi des compositeurs avides de découvrir un nouveau matériau musical. Les microphones sont leurs outils, voire leurs instruments, l’écoute est leur méthode d’approche. En sortant du studio, ils prennent le risque de se confronter à l’imprévisible, à l’incontrôlable, au fragile parfois. […] »
Alexandre Galand, Field Recording – L’usage sonore du monde en 100 albums, Le Mot et le reste Éditions, Marseille, 2012 [Communiqué de presse].

Enregistrement et conception : Alexandre Castant
Mixage et réalisation : Stéphane Joly.