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La Voix-dictaphone, entretien avec Vincent Dieutre, par Nina Marchand, Jonathan Nicolas, Ludovic Renaud & A. C., Atelier sonore d’esthétique, École nationale supérieure d’art de Bourges, 2014, 45.00.

Conduit avec les étudiants de l’Atelier sonore d’esthétique de l’École nationale supérieure d’art de Bourges, ce documentaire de création se compose d’un entretien réalisé à Bourges le 8 décembre 2011 avec Vincent Dieutre, cinéaste, ainsi que des extraits de films de l’auteur et des lectures de textes de l’Atelier sonore d’esthétique.

Avec Vincent Dieutre, cinéaste.

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C’est dans un cycle d’expositions sur la part sonore du cinéma contemporain que Vincent Dieutre fut invité, par Anne-Laure Chamboissier, à participer à la programmation Beyond the Soundtracks qu’elle réalisa en 2011 et 2012 à la galerie La Box de l’École nationale supérieure d’art de Bourges. Vincent Dieutre, cinéaste de l’intime, de l’auto-fiction et de ses dispositifs narratifs, cinéaste expérimentant, entre documentaire, images mentales et plasticité, les bords du réalisme comme de l’onirisme, fut, à cette occasion le 8 décembre 2011, l’invité de l’Atelier sonore d’esthétique pour y préciser la part du son dans son œuvre. Dès lors, en compagnie de cet artiste né en 1960 et de ses films Leçons de ténèbres (2000), Bonne nouvelle (2001), Mon voyage d’hiver (2003), Bologna Centrale (2003), Fragments sur la grâce (2006) ou Despues de la Revolucion (2007)… La voix, la voix-off, la musique, les sons, les bruits, le chant, le chuchotement, le souffle, le corps-musicien, le corps dans l’espace sonore : le corps comme espace des sons, les instruments, l’instrumentation, les séances d’enregistrement de concert, de quatuor, ou la musique au cinéma, son volume, son décalage, ou encore la musique imaginaire de l’image-peinture, la musique imaginaire de l’image tableau, et la voix, toujours, la voix-off, la voix enregistrée, bref la voix-dictaphone devient alors bande-son.

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La mélancolie du cinéma de Vincent Dieutre est, aussi, une réflexion sur la place, crépusculaire, d’une génération dans l’Histoire. Après les utopies, les personnages en autoportrait du cinéaste essaient de construire, comme dans un miroir brisé, leur intimité autobiographique en traversant, ou en se fracassant pour cela, sur les fantômes de l’Allemagne de la deuxième guerre mondiale, les attentats de la Gare de Bologne en 1980, ou encore l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981… Telle place contrariée, et peut-être orpheline dans l’Histoire apparaît comme surexposée, en contrepoint de l’hédonisme et de la séduction célibataire des apparences des années 80. Dès lors, le voyage dans le temps que propose, entre clôture et inachèvement de la modernité, le cinéma de Vincent Dieutre se révèle être, finalement, une traversée, une immersion et une remontée à la surface du monde, une renaissance… Or, le cinéma a souvent eu à faire avec le retour des morts : Orphée et Eurydice sur un écran, la traversée du Styx : l’éternelle association fragmentée de l’image et du son, et, aussi, à ce moment de notre histoire et du cinéma de Vincent Dieutre, la figure chrétienne de Lazare de Béthanie, mort revenue des morts… Précisément, dans Fragments sur la grâce en 2006, le cinéaste propose une réflexion sur le Jansénisme et Port-Royal, et, en creux, explore la question de la foi au cinéma, et de la foi dans le cinéma… La transmission générationnelle que symbolisent les acteurs de ce film qui sont autant d’icônes du cinéma d’auteur (Françoise Lebrun, Mireille Perrier, Mathieu Amalric…) en proposent le point d’orgue. Au début, définitivement, était le cinéma, c’est-à-dire le texte, l’image et le son.

A. C.

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Extraits des films : Leçons de Ténèbres (Bande-Annonce, 2000), Mon Voyage d’hiver (2003), Bonne nouvelle (2001), Bologna Centrale (2003), Fragments sur la grâce (2006), Despues de la revolucion (2007) de Vincent Dieutre.

Textes de Nina Marchand (lu par elle-même), de Ludovic Renaud (lu par Célia Honoré) et d’A. C. (lu par Gabrielle Grenier).

Groupe de réalisation : Alexandre Castant, Gabrielle Grenier, Célia Honoré, Stéphane Joly, Nina Marchand, Jonathan Nicolas, Ludovic Renaud.

Illustration : Photogramme extrait du film Mon Voyage d’hiver de Vincent Dieutre (détail).

Remerciements : Vincent Dieutre, Anne-Laure Chamboissier et Stéphane Beaudonnet.

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